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Éradication des poliovirus : 3 moins 2 égalent 3

Résumé : L' année 2019 a été marquée par l'annonce officielle de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de l'éradication du poliovirus sauvage de sérotype 3. L'éradication peut être certifiée après 3 années consécutives sans détection du virus et alors que la surveillance est conduite de façon satisfaisante. Dans le cas du sérotype 3, le dernier spécimen sauvage a été détecté en 2012 au Nigéria [1]. En 2015, l'OMS avait déjà proclamé l'éradication du poliovirus sauvage de sérotype 2 dont aucun représentant n'a été détecté depuis 1999. À ce jour, seul le poliovirus sauvage de sérotype 1 continue à circuler et est endigué dans deux pays, l'Afghanistan et le Pakistan [2, 3]. Cette double éradication est le fruit des efforts continus visant l'éradication de la poliomyélite, une maladie redoutable caractérisée par des paralysies dues à la destruction de neurones moteurs par le poliovirus. Lancé en 1988, le programme mondial d'éradication a permis une réduction drastique du nombre de cas de poliomyélite, ainsi moins de 600 cas ont été recensés dans le monde en 2019 contre environ 350 000 cas annuels à la fin des années 1980. La réduction importante du nombre de cas de poliomyélite est un succès indubitable du programme dont l'éradication des souches sauvages de deux des trois sérotypes constitue un jalon majeur. Pourtant, l'éradication des souches sauvages des sérotypes 2 et 3 ne signifie pas la disparition des poliovirus pathogènes de ces deux sérotypes, certaines épidémies de poliomyélite sont en effet dues à des variants naturels de souches vaccinales ayant recouvré un pouvoir pathogène. Ces variants, appelés VDPV (pour vaccine-derived polio-virus), dérivent des souches vivantes atténuées qui composent le vaccin polio oral (VPO). Comparé au vaccin polio injectable (VPI) composé de poliovirus inactivés, le VPO présente de nombreux avantages. En premier lieu, la logistique associée au VPO est beaucoup plus légère puisque son administration ne nécessite pas d'injection. En effet, il peut être délivré par du personnel non médical, il permet la vaccination rapide de nombreux enfants et il ne génère pas de déchets à risque infectieux (aiguilles souillées). Par ailleurs, le coût du VPO est inférieur à celui du VPI. Son principal avantage est d'ordre épidémiologique car le VPI induit une immunité sérique qui empêche le virus d'accéder au système nerveux central (et donc de détruire les neurones moteurs) mais il n'induit pas d'immunité mucosale au niveau de l'intestin. Aussi, les personnes vaccinées avec le VPI sont protégées contre la maladie mais pas contre l'infection car cette forme est incapable de stopper la transmission du virus. Au contraire, les souches atténuées qui composent le VPO établissent une véritable infection au niveau de l'intestin des personnes vaccinées qui sont ainsi protégées contre une réinfection par un poliovirus sauvage. Le VPO reste donc l'outil de choix pour contenir les épidémies et venir à bout des derniers foyers de circulation des poliovirus sauvages. Le VPO possède toutefois un inconvénient majeur puisque l'atténuation des souches vaccinales ne repose que sur quelques mutations. Après s'être répliquées dans l'intestin de la personne vaccinée, les souches vaccinales sont excrétées dans les selles et vont pouvoir être transmises à toute personne non vaccinée ; si la couverture vaccinale est faible, les souches vaccinales peuvent circuler durant des mois, voire des années, et accumuler des modifications génétiques jusqu'à recouvrer un pouvoir pathogène identique à celui des souches sauvages [4].
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https://hal-pasteur.archives-ouvertes.fr/pasteur-02914969
Contributor : Maël Bessaud <>
Submitted on : Thursday, August 13, 2020 - 9:44:53 AM
Last modification on : Thursday, September 10, 2020 - 3:25:30 AM

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Maël Bessaud. Éradication des poliovirus : 3 moins 2 égalent 3. Virologie, John Libbey Eurotext 2020, 24 (3), pp.197-198. ⟨10.1684/vir.2020.0844⟩. ⟨pasteur-02914969⟩

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